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Statuts & Métiers

Formation DDA langue étrangère hors UE : reconnaissance ACPR des 15 heures annuelles pour l’intermédiaire en assurance

9 min de lecture

Formation DDA langue étrangère hors UE : reconnaissance ACPR des 15 heures annuelles pour l’intermédiaire en assurance

La question de la reconnaissance par l’ACPR de formations suivies à l’étranger hors Union européenne et dispensées en langue étrangère au titre de l’obligation de développement professionnel continu DDA est aujourd’hui une préoccupation réelle pour un nombre croissant d’intermédiaires en assurance. Qu’il s’agisse d’un courtier ayant participé à une conférence professionnelle à Singapour, d’un agent général ayant suivi un cursus à New York ou d’un mandataire d’intermédiaire en assurance formé à Dubaï, la validité de ces heures au regard des exigences françaises de la formation DDA langue étrangère hors UE reconnaissance ACPR n’a rien d’évident. Le cadre réglementaire applicable est strict, composite et laisse peu de place à l’interprétation libre. Cet article vous expose avec précision les conditions cumulatives à remplir, les risques en cas de non-conformité et les démarches à entreprendre pour sécuriser votre situation.

Le cadre réglementaire de la formation continue DDA en France : rappel des exigences fondamentales

L’obligation de formation continue des intermédiaires en assurance est issue de la Directive sur la Distribution d’Assurances 2016/97/UE (DDA), transposée en droit français principalement aux articles L512-1 et suivants du Code des assurances. Elle impose à tout professionnel inscrit au registre ORIAS — que ce soit sous la catégorie IAS 1 (courtier), IAS 2 (agent général) ou IAS 3 (mandataire d’intermédiaire) — de justifier d’au moins 15 heures de formation continue par an, ou d’une combinaison formation/autres activités reconnues. Ces heures doivent porter sur des thématiques en lien direct avec l’activité exercée : connaissance des produits distribués, réglementation applicable, compétences en conseil, gestion des sinistres selon les catégories concernées.

Le règlement délégué (UE) 2017/2359 de la Commission européenne précise les exigences de compétences professionnelles applicables à la distribution de produits d’investissement fondés sur l’assurance (IBIP), mais le principe des 15 heures s’applique à l’ensemble des catégories. En France, l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) est l’autorité compétente pour contrôler le respect de cette obligation. Elle dispose d’un pouvoir de sanction pouvant aller jusqu’au retrait d’agrément ou à l’interdiction temporaire d’exercice. Il est donc impératif que chaque heure déclarée soit véritablement opposable.

Il convient également de rappeler que la validation des heures DDA n’est pas automatiquement liée à la certification Qualiopi de l’organisme de formation, même si cette certification constitue un signal de qualité important. La question de la validité des formations dispensées par des organismes non certifiés Qualiopi illustre bien la complexité du régime applicable : c’est le contenu, la traçabilité et la pertinence de la formation qui priment, même si la certification renforce la sécurité juridique du professionnel.

Formations suivies hors UE en langue étrangère : les cinq conditions cumulatives de reconnaissance ACPR

L’ACPR ne dispose pas à ce jour d’une liste positive d’organismes de formation étrangers hors UE agréés pour la validation des heures DDA. En l’absence de mécanisme d’équivalence automatique, la reconnaissance d’une formation suivie hors Union européenne et dispensée en langue étrangère repose sur une appréciation au cas par cas, guidée par plusieurs critères cumulatifs qui ressortent de la doctrine de contrôle de l’autorité et du cadre légal national.

  • Condition 1 — Pertinence thématique directe : La formation doit porter sur des matières directement applicables à l’activité d’intermédiaire en assurance exercée en France. Une formation sur la réglementation assurantielle d’un État tiers non applicable en France, sans lien avec la distribution d’assurance française, ne peut pas être retenue. En revanche, une formation sur la gestion des risques, le droit des contrats d’assurance en droit comparé ou les normes IFRS 17 peut, sous conditions, présenter une pertinence acceptable.
  • Condition 2 — Compréhension effective du contenu : Le professionnel doit démontrer qu’il a effectivement compris et assimilé le contenu de la formation suivie en langue étrangère. Une attestation de présence ne suffit pas si l’intermédiaire ne maîtrise pas la langue utilisée. L’ACPR peut, lors d’un contrôle, interroger le professionnel sur le contenu des formations déclarées.
  • Condition 3 — Traçabilité documentaire irréprochable : L’intermédiaire doit conserver une attestation de formation précisant la durée en heures, le contenu pédagogique, les objectifs, le nom de l’organisme et la date. Si le document est rédigé en langue étrangère, une traduction en français par un traducteur assermenté est fortement recommandée pour faire face à un contrôle ACPR.
  • Condition 4 — Nature pédagogique identifiable : La formation doit présenter un caractère pédagogique structuré — programme défini, formateur identifié, évaluation ou validation des acquis. Un simple séminaire commercial, un salon professionnel ou une visite d’entreprise à l’étranger ne saurait être assimilé à une formation au sens de la DDA.
  • Condition 5 — Durée réelle et vérifiable : Le nombre d’heures déclaré doit correspondre à une durée effective de formation, hors temps de déplacement, de restauration ou de networking. L’ACPR est attentive aux déclarations d’heures gonflées ou invérifiables.

À titre d’exemple concret, un courtier spécialisé en assurance maritime ayant suivi, à Hong Kong, un cursus de trois jours (soit 21 heures) organisé par le Chartered Insurance Institute (CII) sur la gestion des risques maritimes internationaux pourra légitimement revendiquer ces heures, à condition de produire l’attestation officielle du CII, une traduction française du programme et de démontrer sa maîtrise de l’anglais. En revanche, un agent général ayant assisté à un événement de deux heures en langue arabe sur le marché des Takaful sans lien avec son activité française aura les plus grandes difficultés à faire valider ces heures.

Comparatif des exigences de formation continue selon la catégorie ORIAS

Catégorie ORIASDésignationHeures DDA annuellesContraintes spécifiquesApplicabilité formations hors UE
IAS 1Courtier en assurance15 heures/anThématiques liées aux produits distribués ; pour les IBIP, exigences renforcéesPossible sous conditions cumulatives strictes
IAS 2Agent général d’assurance15 heures/anFormation souvent organisée par la compagnie mandante ; autonomie réduitePossible mais soumis à l’accord implicite de la compagnie mandante
IAS 3Mandataire d’intermédiaire (MIA)15 heures/anResponsabilité de formation souvent transférée au mandant IAS 1 ou IAS 2Possible uniquement si le mandant valide et documente la formation

Ce tableau illustre une réalité souvent méconnue : pour un IAS 2 ou un IAS 3, la validation de formations hors UE implique non seulement les conditions générales décrites ci-dessus, mais aussi une validation par l’entité responsable (compagnie mandante ou mandant). Un agent général ne peut pas, de sa seule initiative, déclarer des heures de formation hors UE sans en informer et obtenir l’accord de sa compagnie mandante, au risque de voir ces heures contestées lors d’un audit interne ou d’un contrôle ACPR.

Le cas particulier des organismes de formation étrangers hors UE non référencés en France

La question du référencement de l’organisme de formation est centrale. En France, les organismes de formation professionnelle doivent en principe disposer d’un numéro de déclaration d’activité auprès de la DREETS (Direction Régionale de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités) pour émettre des attestations opposables. Un organisme étranger hors UE ne dispose évidemment pas de ce numéro français. La problématique des formations dispensées par un organisme étranger non référencé en France mérite une attention particulière, car l’absence de référencement français ne constitue pas en elle-même un motif d’irrecevabilité absolue, mais fragilise considérablement la position de l’intermédiaire en cas de contrôle.

L’ACPR adopte une approche pragmatique fondée sur la substance de la formation plutôt que sur le seul statut administratif de l’organisme. Toutefois, elle attend de l’intermédiaire qu’il soit en mesure de justifier objectivement de la qualité et de la pertinence de la formation suivie. Dans ce contexte, il est conseillé de vérifier si l’organisme étranger dispose d’une reconnaissance professionnelle internationale reconnue — accréditation ISO 21001, certification nationale équivalente à Qualiopi, ou appartenance à une fédération professionnelle internationale reconnue dans le secteur de l’assurance comme le Chartered Insurance Institute (CII) ou l’Insurance Institute of America (IIA).

La doctrine de contrôle publiée par l’ACPR insiste sur la responsabilité personnelle de l’intermédiaire dans la constitution et la conservation de son dossier de formation. En cas de contrôle sur place, c’est à l’intermédiaire de prouver la validité de ses heures, et non à l’autorité de les invalider. Ce renversement de la charge de la preuve rend indispensable une documentation préalable rigoureuse.

Bonnes pratiques et stratégie de sécurisation documentaire

Face à l’incertitude juridique inhérente à la reconnaissance des formations hors UE, les professionnels doivent adopter une stratégie documentaire proactive. La première étape consiste à collecter, dès la fin de la formation, l’ensemble des justificatifs disponibles : programme détaillé, attestation de présence ou de réussite, coordonnées complètes de l’organisme, curriculum vitae du formateur et, le cas échéant, supports pédagogiques remis. La deuxième étape consiste à faire traduire ces documents par un traducteur assermenté si la langue de la formation n’est pas le français ou l’anglais — langue largement comprise dans les milieux professionnels et que l’ACPR est susceptible d’accepter sans traduction systématique.

Il est également recommandé de compléter les heures hors UE par des formations certifiées en France pour atteindre les 15 heures annuelles requises, plutôt que de reposer exclusivement sur des formations étrangères dont la reconnaissance reste aléatoire. Cette approche mixte est la plus sécurisante. Par exemple, un intermédiaire ayant suivi 7 heures de formation à l’étranger pourra compléter avec 8 heures de formation DDA en ligne certifiée, dispensée en France par un organisme référencé. Il est aussi utile de noter que certaines activités annexes — comme la participation à des conférences et webinaires professionnels — peuvent contribuer au crédit d’heures DDA.

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