Aller au contenu principal
Statuts & Métiers

Valider ses heures DDA en tant que formateur : ce que peut faire un intermédiaire en assurance

9 min de lecture

Valider heures DDA formateur intermédiaire assurance : ce que dit vraiment la réglementation

Un courtier en assurance qui anime chaque année plusieurs sessions de formation pour ses confrères peut légitimement se demander si ces heures d’enseignement viennent s’imputer sur son propre quota de 15 heures de développement professionnel continu (DPC) imposé par la Directive sur la Distribution d’Assurances (DDA). La question est loin d’être anodine : elle concerne potentiellement des centaines d’agents généraux, de courtiers et de mandataires d’intermédiaires en assurance qui interviennent régulièrement comme formateurs en cabinet ou lors de congrès professionnels. La réponse, encadrée par le Code des assurances et les positions de l’ACPR, est nuancée et mérite une analyse rigoureuse.

Le cadre réglementaire de l’obligation DDA de 15 heures annuelles

L’obligation de formation continue des intermédiaires en assurance est directement issue de l’Directive DDA 2016/97/UE, transposée en droit français aux articles L. 511-1 et suivants ainsi qu’aux articles R. 512-13 à R. 512-16 du Code des assurances. Ces dispositions imposent à tout distributeur d’assurances — qu’il s’agisse d’un courtier, d’un agent général, d’un mandataire d’intermédiaire (MIA) ou d’un intermédiaire à titre accessoire (IAS 3) — de justifier d’au moins 15 heures de formation par année civile. Cette obligation s’applique aux personnes physiques exerçant une activité de distribution, y compris les dirigeants et les collaborateurs habilités.

La réglementation précise que ces heures doivent correspondre à des activités de développement professionnel continu en lien avec la distribution d’assurances. Elles peuvent porter sur les produits, la réglementation, les techniques de distribution, la gestion des sinistres, l’éthique professionnelle ou les thématiques transversales comme le RGPD ou la lutte anti-blanchiment. Toutefois, le texte ne liste pas exhaustivement les formats acceptables, ce qui ouvre un espace d’interprétation que l’ACPR est venue progressivement préciser.

Dispenser une formation compte-t-il pour le formateur lui-même ?

Le principe général : une activité pédagogique est une activité de formation

La question centrale est celle-ci : lorsqu’un intermédiaire dispense une formation à d’autres professionnels, peut-il comptabiliser les heures passées en tant que formateur dans ses propres 15 heures DDA annuelles ? La réponse de principe est oui, sous conditions. L’activité de formateur implique en elle-même une mise à jour, une structuration et une actualisation des connaissances professionnelles. Préparer un module de formation sur la gouvernance produit (POG), les obligations d’information précontractuelle ou la gestion des conflits d’intérêts requiert un travail intellectuel de haut niveau qui contribue directement au développement des compétences du formateur.

Cette logique est cohérente avec l’esprit de la directive, qui vise à garantir un niveau de compétence élevé et actualisé chez tous les distributeurs. Un intermédiaire qui maîtrise suffisamment un sujet pour l’enseigner à ses pairs démontre manifestement une expertise opérationnelle. L’ACPR n’a pas exclu par principe que l’activité de formateur puisse être reconnue comme activité de DPC. Cependant, plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies pour que cette validation soit opposable en cas de contrôle.

Les conditions impératives pour une validation ACPR

Pour que les heures dispensées en tant que formateur soient valablement comptabilisées dans le quota DDA, plusieurs critères doivent être respectés. En premier lieu, la formation doit porter sur des thématiques en lien direct avec la distribution d’assurances au sens des articles R. 512-13 et suivants. Une intervention sur la gestion d’équipe généraliste ou le marketing digital non spécialisé ne saurait être retenue. En second lieu, l’activité doit être traçable et documentée : attestation de participation en tant qu’intervenant, programme détaillé, liste de présence des participants, durée précise de l’intervention.

En troisième lieu, et c’est un point souvent négligé, il est recommandé que la formation soit organisée dans un cadre structuré, idéalement par un organisme tiers ou au moins dans un dispositif formalisé au sein du cabinet ou du réseau. Une session informelle entre collègues, sans programme préétabli ni documentation, présente un risque sérieux de rejet lors d’un contrôle ACPR. Enfin, la durée imputable correspond aux heures effectivement animées, et non au temps de préparation en amont, sauf si ce temps de préparation est lui-même formalisé dans le cadre d’un programme pédagogique reconnu.

Pour approfondir les conditions de validation des formations dispensées en interne, notamment dans le cadre du tutorat ou du mentorat, consultez notre analyse sur la validation ACPR des formations DDA internes, du tutorat et du mentorat en cabinet de courtage.

Tableau comparatif selon le statut de l’intermédiaire

Statut ORIASHeures DDA annuellesActivité formateur imputable ?Conditions spécifiques
IAS 1 (Courtier)15 heuresOui, sous conditionsThématique assurance, traçabilité, cadre formalisé
IAS 2 (Agent général)15 heuresOui, sous conditionsIdem + cohérence avec mandat de la compagnie mandante
IAS 3 (Accessoire)15 heuresOui, sous conditionsIdem, mais périmètre limité aux produits distribués
MIA (Mandataire)15 heuresOui, sous conditionsValidation possible si encadrement par le mandant

Bonnes pratiques et risques en cas de contrôle ACPR

Constituer un dossier de preuve solide

L’ACPR attend, lors de ses contrôles sur les intermédiaires en assurance, que chaque heure de formation soit justifiée par une documentation probante. Pour l’intermédiaire qui a exercé comme formateur, le dossier doit impérativement contenir : le programme de la formation signé, les supports pédagogiques utilisés, la liste des participants avec émargement, la durée exacte de l’intervention, et si possible une attestation de l’organisme organisateur mentionnant le rôle de formateur. L’absence de l’un de ces éléments peut conduire l’ACPR à refuser la prise en compte des heures concernées et à constater une insuffisance de formation continue.

Les erreurs fréquentes à éviter

  • Comptabiliser les heures de préparation sans formalisation documentaire spécifique
  • Inclure des interventions sur des thématiques non directement liées à la distribution d’assurances
  • Réaliser des formations dans un cadre purement informel, sans programme ni liste de présence
  • Confondre les heures dispensées à des non-professionnels (clients, grand public) avec des formations à des pairs
  • Ne pas distinguer les heures de formation dispensées des heures reçues dans le décompte annuel
  • Oublier de conserver les justificatifs au-delà de l’année civile concernée (durée de conservation recommandée : 5 ans)

Le cas particulier de l’agent général formateur au sein de son réseau

L’agent général d’assurance qui intervient comme formateur dans le cadre des dispositifs de formation internes de sa compagnie mandante se trouve dans une situation particulièrement favorable. En effet, la compagnie dispose généralement d’un système de traçabilité des formations robuste, ce qui facilite la justification des heures. Le risque principal est de confondre cette activité avec de simples réunions commerciales ou techniques, qui ne sauraient être assimilées à des heures de formation au sens de la DDA. La distinction repose sur la structuration pédagogique explicite de l’intervention.

Il est également utile de rappeler que tout changement de situation du distributeur — y compris une évolution de son rôle au sein d’un réseau — peut avoir des incidences sur ses obligations réglementaires, comme nous l’expliquons dans notre article dédié à l’impact du changement de compagnie mandante sur les obligations DDA de l’agent général.

Compléter son quota avec des formations certifiées : la sécurité maximale

Même lorsqu’un intermédiaire exerce régulièrement une activité de formateur, il est fortement recommandé de ne pas reposer l’intégralité de ses 15 heures DDA annuelles sur cette seule activité. La combinaison d’heures dispensées en tant que formateur et d’heures reçues auprès d’un organisme certifié Qualiopi constitue la stratégie la plus robuste face à un contrôle. Les formations proposées par des organismes spécialisés présentent l’avantage d’être directement attestées, sans que l’intermédiaire ait à constituer lui-même son dossier de preuve.

La question du prestataire de formation est d’ailleurs déterminante : une formation dispensée par un organisme non certifié peut être contestée par l’ACPR, quel que soit le rôle joué par l’intermédiaire. Notre analyse détaillée sur la validité des formations DDA dispensées par des organismes non certifiés Qualiopi vous permet de mesurer précisément ce risque. Pour les intermédiaires souhaitant compléter leur quota annuel en toute sécurité, academieconformite.fr propose des parcours de formation DDA en ligne, attestés et conformes aux exigences réglementaires.

Selon l’article R. 512-13 du Code des assurances, les modalités de validation du développement professionnel continu doivent permettre une vérification effective par l’autorité compétente. Cette exigence de vérifiabilité est le critère cardinal autour duquel doit s’organiser toute stratégie de validation des heures DDA, qu’il s’agisse d’heures reçues ou dispensées.

Questions fréquentes

Un intermédiaire en assurance peut-il valider ses 15 heures DDA uniquement en dispensant des formations ?

Théoriquement oui, si les heures d’enseignement portent sur des thématiques liées à la distribution d’assurances, sont documentées (programme, liste de présence, attestation d’intervention) et s’inscrivent dans un cadre formalisé. En pratique, l’ACPR attend une traçabilité rigoureuse. Il est donc fortement conseillé de compléter ces heures avec des formations reçues auprès d’organismes certifiés Qualiopi pour sécuriser le dossier en cas de contrôle.

Les heures de préparation d’une formation comptent-elles dans le quota…

Articles qui pourraient vous intéresser

Retour en haut